23.10.2024

Transformer l’éducation pour mieux former son capital humain

Un programme financé par la Banque mondiale, le GPE et la fondation Education Above All aide Djibouti à accroître l’accès équitable à l’éducation de base, à améliorer les pratiques pédagogiques et à renforcer la gestion au sein du ministère de l’Éducation.

Il est 7h21. Oubah Ahmed, Directrice de l’école d’Ali-Sabieh 2, dans la ville d’Ali Sabieh, au sud de Djibouti, accueille les élèves qui franchissent le portail de l’école.

Cérémonie de levée des couleurs autour du mat, chant de l’hymne national, puis direction les salles de classes pour le début des cours.

Ce rituel matinal est le même dans les 252 écoles soutenues par le Projet de renforcement des opportunités d’apprentissage (PRODA), financé à hauteur de 30,35 millions de dollars (dont 11,55 millions du GPE), dont la mise en œuvre se fait en partenariat avec la Banque mondiale et la fondation Education Above All.

Le projet vise à accroître l’accès équitable à l’éducation de base, améliorer les pratiques pédagogiques et renforcer les capacités de gestion du ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFOP). Des activités qui favoriseront la transformation du système éducatif djiboutien.

Établir les bases d’une éducation préscolaire de qualité :

Dans la classe de Préscolaire B de l’école d’Ali-Sabieh 2, les élèves chantent une comptine. « Le but ici est de leur apprendre à compter jusqu’à 10 » , chuchotte Souleika Aden, leur enseignante.

À Djibouti, l’éducation préscolaire est une priorité pour le gouvernement. « C’est une année très importante dans le cursus scolaire de l’enfant. Çà, le pays l’a très vite compris » confirme Naglah Mohamed, Inspectrice d’éducation nationale pour le Préscolaire.

C’est dans cette lancée que le GPE et ses partenaires ont appuyé les efforts du MENFOP à développer un nouveau guide (référentiel de compétences), approuvé en 2022, qui détaille les compétences attendues de enseignants après leur formation, accompagné de modules et de guides pédagogiques mettant l’accent sur l’apprentissage par le jeu, entre autres.

Améliorer les pratiques pédagogiques :

Grâce au PRODA, plus de 2 000 enseignants ont été formés sur la base des programmes d’enseignement et d’un cadre de compétences révisés.

Des outils d’observation en classe, adaptés de l’outil TEACH/COACH de la Banque mondiale, ont également été conçus sur la base des compétences visées et des programmes de formation initiale et continue des enseignants.

Utilisant une approche standardisée, ces outils servent de base de travail à l’inspectrice nationale du préscolaire et aux conseillers pédagogiques qui assurent le soutien et le suivi réguliers des enseignants, en observant leurs pratiques dans les salles de classe.

« Tous les enseignants bénéficient d’un développement professionnel grâce à un nouveau programme de coaching en cours de déploiement, avec des conseillers pédagogiques et des inspecteurs pour observer les enseignants en classe et soutenir une transition vers des pratiques pédagogiques plus interactives. », déclare Bridget Crumpton, Spécialiste principale de l’éducation à la Banque mondiale.

Le projet a également appuyé des programmes de formation pour ces enseignants.

Se concentrer sur les compétences de base :

Cette réforme est centrée sur un ensemble de programmes complémentaires visant à améliorer l’apprentissage.

« Parallèlement, un effort majeur est en cours pour mener des évaluations de l’apprentissage afin de mesurer les progrès et d’identifier les domaines nécessitant une attention supplémentaire. », ajoute-t-elle.

Soutenir les enfants vulnérables et améliorer le cadre d’apprentissage :

À ce jour, près de 14 000 enfants non scolarisés ont été inscrits dans des écoles et 10 000 autres seront ciblés au cours des deux prochaines années.

Le PRODA soutient aussi un programme de rattrapage scolaire destiné à des jeunes dont la scolarité a été interrompue.

« Ici, on doit faire en 3 ans ce que les autres ont fait en 5 ans. La 1ère et la 2e année du cycle classique se fait en une année scolaire ici ; La 3e et la 4e années en une année ici, puis la 5e année, qui est un peu plus difficile, équivaut à la troisième et dernière année ici. » , précise Abdi Mahamoud Djigreh, Directeur de l’école de Barwaqo 2, une des écoles dites « de la seconde chance » qui mettent en œuvre ce programme.

Pour améliorer le cadre d’apprentissage :

  • 41 salles de classe du préscolaire ont été construites ou réhabilitées depuis le début du programme ;
  • 71 écoles rurales ont été équipées de points d’eau, de latrines et de panneaux solaires ;
  • 34 cantines scolaires ont été construites ou réhabilitées et équipées.

Impliquer les communautés dans la gestion des écoles :

Les parents ayant un rôle important à jouer pour soutenir l’éducation de leurs enfants, chaque école à Djibouti dispose d’une association de parents d’élèves (APE) et Comité de Gestion de l’Ecole (CGE). Ces instances permettent d’impliquer les communautés locales dans la gestion des écoles.

« Ici, l’association des parents d’élèves est très active et participe aussi beaucoup aux processus d’inscriptions des élèves du préscolaire. » confirme Naglah Mohamed, l’inspectrice d’éducation nationale pour le Préscolaire.

La participation des parents est essentielle à l’atteinte des résultats du programme. Les APE aident notamment à :

  • Partager les informations avec les parents sur les activités et les priorités des écoles ;
  • Promouvoir les inscriptions et l’assiduité des élèves (en assurant parfois le suivi lorsqu’un élève est absent et en cherchant à résoudre le problème) ;
  • Faire la sélection des élèves à inscrire dans le préscolaire dans les écoles où la demande est supérieure à l’offre, en aidant notamment à cibler les élèves issus de familles vulnérables ;
  • Diffuser les résultats d’apprentissage lors des consultations avec les parents, soutenir les activités scolaires et identifier les actions pouvant améliorer l’apprentissage, entre autres.

Renforcer les capacités de gestion du MENFOP :

Pour renforcer les données et le suivi, une nouvelle plateforme numérique sur la gestion de l’éducation est progressivement déployée avec l’introduction d’un numéro d’identification unique pour chaque élève qui permet de suivre ses progrès tout au long de la scolarité.

Cinq plans sous-régionaux de l’éducation ont été élaborés en collaboration avec les communautés locales dans les 5 régions d’Arta, Ali Sabieh, Dikhil, Obock et Tadjourah.

Surmonter les défis à la mise en œuvre du programme :

Si le projet est en bonne voie d’atteindre ses principaux objectifs et bénéficie d’un leadership et d’un engagement forts du gouvernement, quelques défis affectent sa mise en œuvre.

Au niveau scolaire

« La demande [reste] très forte. Malgré les efforts du gouvernement et du ministère pour multiplier les capacités d’accueil, nous n’arrivons pas encore à satisfaire toute la demande. » déclare Naglah Mohamed.

Fadoumo Ali, Directrice de l’école de Balbala 3 affirme quant à elle : « [Notre] école compte 1 268 élèves. Cependant, pour le préscolaire, nous n’avons qu’une seule classe pouvant accueillir 25 élèves… et la demande est très forte. Nous avons besoin de plus de salles de classe pour le préscolaire. »

Au niveau institutionnel :

La pandémie de COVID-19 a ralenti le démarrage du projet, le ministère ayant dû se concentrer de toute urgence sur la gestion des fermetures d’écoles et la continuité de l’apprentissage.

« En travaillant en étroite collaboration avec le GPE et d’autres partenaires, le ministère et la Banque mondiale ont pu obtenir un financement d’urgence du GPE pour financer les coûts imprévus liés à la promotion de l’apprentissage pendant la fermeture des écoles, notamment le passage à l’enseignement à distance, la préparation des écoles à une réouverture en toute sécurité et aux situations d’urgence pour renforcer la résilience du système. », rappelle Bridget Crumpton.

En s’appuyant sur cette approche coordonnée, le MENFOP et la Banque mondiale ont pu mobiliser les contributions des partenaires pour répondre aux besoins prioritaires et accroître l’efficacité et l’impact du programme.

L’expertise de l’UNICEF a aussi permis de dispenser une formation sur la planification d’urgence et la fourniture d’eau potable et de points d’assainissement aux écoles, par exemple.

Enseignements et perspectives :

« Ce soutien au leadership des autorités nationales, mais aussi la redevabilité mutuelle entre tous les acteurs du système éducatif vis-à-vis de l’impact du programme, et l’ancrage de la mise en œuvre des interventions au niveau des bénéficiaires directs que sont les enfants djiboutiens sont des principes clés au cœur du modèle du GPE. », poursuit Adrien Boucher.

Le PRODA étant le programme le plus important géré par le MENFOP à ce jour et le premier à adopter une approche de financement basée sur l’obtention de résultats convenus, sa mise en œuvre demande du temps pour intégrer et étendre les réformes.

Les enseignements tirés de cette mise en œuvre permettront notamment de renforcer le leadership et l’engagement du ministère ; de consolider la collaboration, la coordination et la complémentarité des partenaires à une époque où le financement de l’éducation est restreint et doit être utilisé aussi efficacement que possible et ; d’accorder une plus grande importance à la mesure des résultats, l’usage des données pour améliorer l’apprentissage et communiquer les résultats au grand public, entre autres.